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Algérie : 85 % des usagers de drogues injectables touchés par l’hépatite C

Algérie : 85 % des usagers de drogues injectables touchés par l’hépatite C

La santé publique algérienne fait face à un défi majeur qui dépasse le simple cadre de la lutte contre les addictions. Les dernières données scientifiques révèlent une propagation alarmante des maladies infectieuses graves parmi les usagers de drogues par voie intraveineuse.

Cette crise sanitaire exige une réponse immédiate et structurée pour protéger les populations vulnérables et limiter la transmission virale au sein de la société.

Des chiffres qui interpellent les autorités sanitaires

Le professeur Amina Amalou, experte reconnue dans le domaine des maladies mentales et du traitement des addictions, a tiré la sonnette d’alarme lors d’un récent symposium organisé par le ministère de la Santé. À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, elle a présenté des résultats d’étude qui confirment l’ampleur du problème. L’usage de drogues par injection ne constitue pas seulement un risque de dépendance, mais il agit comme un vecteur puissant de transmission de pathologies lourdes telles que l’hépatite C et le VIH.

Une étude de terrain menée par une équipe multidisciplinaire sous la direction du professeur Nadhir Bourboune, chef du service d’addictologie de l’hôpital Franz Fanon de Blida, offre un aperçu précis des habitudes de consommation. Les psychotropes dominent largement le paysage avec 76 % des cas recensés. Le cannabis suit de près avec 69,8 %, tandis que l’alcool concerne 63,7 % des usagers.

Les substances plus dangereuses comme l’ecstasy, l’héroïne et la cocaïne touchent respectivement 46,5 %, 43,7 % et 36,7 % de cette population. Ces statistiques montrent une polyconsommation complexe qui rend la prise en charge médicale particulièrement difficile.

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Une géographie inégale de la consommation à risque

La répartition géographique de l’usage de drogues injectables présente des disparités significatives à travers le territoire national. Une enquête nationale réalisée en 2019 par le ministère de la Santé met en lumière ces variations régionales. La wilaya d’Alger enregistre la région la plus élevée de comportements à risque liés à l’injection. En revanche, les wilayas du sud affichent des taux beaucoup plus faibles pour ce type de consommation, privilégiant plutôt l’usage de cannabis. Cette distinction géographique permet aux autorités de santé d’adapter leurs stratégies d’intervention selon les besoins locaux spécifiques.

Les données actuelles indiquent que 70 % des usagers de drogues injectables utilisent du Subutex, un médicament de substitution souvent détourné de son usage initial. Par ailleurs, 30 % s’injectent directement de l’héroïne. Les rapports signalent une augmentation inquiétante de l’injection d’héroïne, ce qui aggrave les risques sanitaires associés. Le professeur Amalou insiste sur le fait que le danger principal réside dans les pratiques associées à la consommation plutôt que dans la substance elle-même.

Le partage de seringues : un vecteur majeur de contamination

Les comportements à risque constituent le cœur du problème sanitaire identifié par les experts. Selon les témoignages recueillis, 82 % des usagers de drogues injectables ont admis avoir partagé des aiguilles avec d’autres personnes au moins une fois. Cette pratique expose directement les individus à des infections sanguines graves. De plus, l’usager moyen s’injecte trois fois par jour sans respecter les protocoles élémentaires de stérilisation. L’accès aux seringues stériles et aux équipements de protection reste extrêmement limité, ce qui perpétue le cycle de contamination.

Les possibilités de traitement ainsi que le soutien psychologique et social demeurent insuffisants pour répondre à la demande croissante. Cette carence structurelle explique en grande partie la forte prévalence des maladies transmises par le sang au sein de ce groupe spécifique. Les conditions de vie et d’accès aux soins créent un environnement propice à la propagation rapide des virus.

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Un bilan épidémiologique accablant entre 2023 et 2025

Les tests de diagnostic rapide effectués par le Service de traitement des toxicomanies entre janvier 2023 et décembre 2025 apportent une confirmation scientifique irréfutable de la gravité de la situation. Sur un échantillon de 424 usagers de drogues injectables, les résultats sont sans appel. L’hépatite C touche 85,85 % des personnes testées, ce qui représente l’une des incidences les plus élevées jamais enregistrées dans cette tranche d’âge. Ce chiffre témoigne directement des dangers liés au partage de seringues et à la persistance de techniques d’injection non sécuritaires.

Parallèlement, 16,98 % des usagers se révèlent séropositifs au VIH/SIDA, tandis que 4,71 % sont atteints d’hépatite B. Ces taux de contamination dépassent largement les moyennes nationales et soulignent l’urgence d’une intervention ciblée. Tous les cas confirmés ont été orientés vers des structures de soins spécialisées pour une confirmation du diagnostic et une prise en charge thérapeutique appropriée. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un programme de soins médicaux complet visant à stabiliser l’état de santé des patients.

La réduction des risques comme solution de santé publique

La résolution de ce problème complexe ne se limite pas à la seule lutte contre la consommation de drogues. Le professeur Amina Amalou recommande l’adoption urgente d’une stratégie de réduction des risques. Cette approche de santé publique a démontré son efficacité dans de nombreux pays pour réduire la transmission du VIH et de l’hépatite C, tout en diminuant la mortalité par surdose. Il s’agit d’une méthode pragmatique qui sauve des vies sans nécessairement exiger l’arrêt immédiat de la consommation.

Cette stratégie repose sur plusieurs piliers fondamentaux. La fourniture systématique de seringues stériles constitue la première mesure de prévention. La sensibilisation aux risques permet aux usagers de prendre conscience des dangers liés à leurs pratiques. La mise en place de dépistages précoces facilite une identification rapide des infections. L’accès garanti aux traitements de substitution aux opioïdes offre une alternative médicale sécurisée. L’offre d’un soutien psychosocial accompagne les usagers dans leur parcours de soin. Enfin, l’implication des associations et de la société civile renforce les actions de prévention et de traitement sur le terrain.

Il est crucial de préciser que réduire les risques et les préjudices ne signifie pas encourager la consommation de drogues. Cette approche vise plutôt à protéger des vies humaines, à réduire la transmission des maladies infectieuses et à minimiser les complications sanitaires et sociales. Elle représente l’une des approches les plus importantes de la santé publique pour accompagner ce groupe vulnérable, au même titre que les programmes traditionnels de prévention, de traitement et de réinsertion sociale.

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Auteur

Nabil Nahlil

Nabil est journaliste, chef d’édition et créateur de contenus, avec une expérience particulière dans le secteur de la santé et du matériel médical. À travers ses activités éditoriales et professionnelles, il a développé une bonne connaissance de l’écosystème médical en Algérie, de ses acteurs, de ses enjeux et des besoins des professionnels de santé, notamment dans le domaine des équipements et dispositifs médicaux.