Un test sanguin basé sur l’IA qui détecte avec précision le cancer du foie

Un test sanguin basé sur l’IA qui détecte avec précision le cancer du foie

Le cancer du foie constitue aujourd’hui l’une des principales causes de mortalité oncologique à travers le monde. Son incidence augmente constamment en raison de la progression des maladies métaboliques et d’autres facteurs de risque environnementaux.

Le dépistage précoce représente pourtant la clé pour améliorer significativement les options thérapeutiques et sauver des vies. Les méthodes actuelles reposent principalement sur l’échographie et le dosage de l’alpha-fœtoprotéine. Ces techniques classiques passent malheureusement à côté de nombreux cancers à un stade initial.

Une équipe de chercheurs du Centre de cancérologie Kimmel de l’Université Johns Hopkins vient toutefois de valider une solution innovante. Ils ont développé un test sanguin basé sur l’intelligence artificielle qui détecte avec précision le cancer du foie chez des personnes issues de populations géographiquement et biologiquement distinctes.

Une technologie de pointe qui analyse l’ADN circulant

Les résultats de cette étude marquante ont été publiés dans la revue Cell Press Blue. Ils s’appuient sur le développement antérieur de la plateforme de biopsie liquide DELFI par la même équipe. Cette technologie analyse des millions de fragments d’ADN acellulaire qui circulent librement dans le sang. Les nouvelles recherches valident un classificateur de cancer du foie précédemment développé au sein de populations indépendantes à haut risque. Elles apportent également un éclairage nouveau sur les mécanismes biologiques sous-jacents à ses performances exceptionnelles.

Cette étude fait progresser les travaux de mars 2026 au cours desquels les chercheurs avaient démontré qu’une technologie similaire d’analyse fragmentaire du génome pouvait détecter la fibrose et la cirrhose hépatiques. Ces affections précèdent souvent l’apparition du cancer du foie.

Victor Velculescu, professeur de génétique et d’épigénétique du cancer et co-auteur principal de l’étude, souligne l’importance de ces découvertes. Il explique que leurs études précédentes avaient montré que l’analyse du fragmentome pouvait détecter le cancer du foie ainsi que les maladies hépatiques chroniques qui augmentent le risque de développer cette pathologie. Cette nouvelle étude démontre que cette approche reste très performante chez différentes populations de patients tout en révélant les signaux biologiques présents dans le sang qui rendent ce type de détection possible.

Une efficacité prouvée malgré des causes différentes

Pour déterminer si l’approche DELFI pouvait détecter de manière fiable le cancer du foie quelle que soit sa cause sous-jacente, les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins de 377 personnes originaires du Guatemala et de Roumanie. Ces participants souffraient ou non d’un carcinome hépatocellulaire, qui représente la forme la plus courante de cancer du foie. Ces deux populations présentent des causes de cancer du foie très différentes.

La plupart des participants roumains ont développé une maladie hépatique liée à une hépatite virale ou à la consommation excessive d’alcool. Les participants guatémaltèques souffraient principalement d’une maladie métabolique du foie, d’obésité et de diabète. Nombre d’entre eux étaient également exposés à l’aflatoxine, une toxine naturelle fortement associée au cancer du foie. John Groopman, professeur à l’École de santé publique Bloomberg de l’Université Johns Hopkins et expert reconnu du rôle des aflatoxines, a contribué à cette analyse cruciale.

Malgré ces différences biologiques et environnementales majeures, le test sanguin a systématiquement détecté le cancer du foie dans les deux populations étudiées. Combiné à l’AFP et à des facteurs de risque cliniques simples tels que l’âge et le sexe, ce test a permis d’identifier les cancers à un stade précoce et avancé avec une sensibilité nettement supérieure aux tests sanguins classiques utilisés seuls. Cette robustesse face à la diversité des causes sous-jacentes constitue un avantage décisif pour une application mondiale de cette technologie.

Comprendre la biologie cachée derrière la détection

L’équipe a utilisé une méthode novatrice de traçage de l’origine des fragments d’ADN appelée MethID. Grâce à cette technique, ils ont démontré que le test DELFI fonctionne efficacement car il capte non seulement les signaux provenant des cellules tumorales, mais aussi ceux des cellules hépatiques normales, des vaisseaux sanguins et des cellules immunitaires qui réagissent à la présence du cancer.

Zachariah Foda, professeur adjoint de médecine à la faculté de médecine de l’université Johns Hopkins et co-auteur principal de l’étude, précise que ces fragments d’ADN contiennent bien plus d’informations que la simple présence ou absence d’un cancer. Ils indiquent l’origine de ces fragments et montrent comment ils évoluent au cours du développement de la maladie. Cette compréhension approfondie permet d’améliorer continuellement la capacité de détection.

Les chercheurs ont également identifié des signatures moléculaires différentes selon les populations étudiées. Ils ont par exemple détecté un profil de mutation distinctif dans l’ensemble du génome associé à l’exposition à l’aflatoxine chez les participants guatémaltèques. Toutefois, ils ont aussi montré que le classificateur de fragmentome global restait efficace quelle que soit la cause sous-jacente du cancer du foie.

L’étude suggère donc que l’analyse fragmentaire à l’échelle du génome capture à la fois les caractéristiques biologiques universelles du cancer du foie et les changements moléculaires spécifiques à chaque région géographique. Cette double capacité rend la technologie adaptable à diverses populations de patients dans le monde entier.

Vers une plateforme universelle de détection des maladies

Ces résultats élargissent considérablement la vision des chercheurs concernant la technologie du fragmentome. Ils suggèrent que l’analyse à l’échelle du génome de l’ADN acellulaire pourrait à terme servir de base à des tests sanguins non invasifs capables de détecter de multiples maladies grâce à une plateforme technologique commune.

À titre d’exemple concret, Victor Velculescu et ses collègues, en collaboration avec DELFI Diagnostics, ont récemment annoncé la validation clinique d’un test sanguin de dépistage du cancer du poumon appelé FirstLook Lung. Ce test est déjà disponible dans certains systèmes de santé à travers le pays.

Les chercheurs affirment que les études futures se concentreront sur la validation clinique prospective. Ils travailleront également au perfectionnement des approches de biopsie liquide multimodales qui combinent l’analyse du fragmentome avec des biomarqueurs protéiques et des facteurs de risque cliniques. L’objectif final consiste à améliorer encore davantage la détection précoce du cancer du foie et potentiellement d’autres pathologies.

Cette évolution technologique promet de transformer radicalement le paysage du dépistage oncologique et d’offrir aux patients des outils de surveillance plus précis, moins invasifs et accessibles à l’échelle mondiale.

LIRE AUSSI : Le premier lecteur de fertilité à domicile basé sur l’intelligence artificielle

LIRE AUSSI : Radiologie : l’intelligence artificielle donne enfin la parole aux images médicales

LIRE AUSSI : Comment l’intelligence artificielle révolutionne l’interprétation de l’ECG

LIRE AUSSI : L’intelligence artificielle offre de nouveaux espoirs aux cancéreux algériens

PublicitéPartenaire : SIMEM 2027
Auteur

Nabil est journaliste, chef d’édition et créateur de contenus, avec une expérience particulière dans le secteur de la santé et du matériel médical. À travers ses activités éditoriales et professionnelles, il a développé une bonne connaissance de l’écosystème médical en Algérie, de ses acteurs, de ses enjeux et des besoins des professionnels de santé, notamment dans le domaine des équipements et dispositifs médicaux.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par *