La résistance aux antibiotiques représente aujourd’hui l’un des plus graves défis de santé publique en Algérie. Ce phénomène ne se limite plus aux établissements hospitaliers mais s’est propagé à l’ensemble de la population.
La professeure Nassima Achour, infectiologue à l’hôpital El-Kettar, a tiré la sonnette d’alarme lors de l’université d’été organisée par l’Institut national de santé publique. Elle explique que cette situation alarmante résulte principalement d’un usage excessif et injustifié de ces médicaments essentiels.
Une consommation record qui inquiète les experts
L’Algérie figurait parmi les pays affichant la plus forte consommation d’antibiotiques en 2016. Cette statistique préoccupante souligne l’urgence de rationaliser la prescription et l’utilisation de ces traitements. La professeure Achour insiste sur le fait que préserver l’efficacité thérapeutique des antibiotiques pour les générations futures constitue une priorité absolue.
Les autorités sanitaires algériennes ont fixé un objectif ambitieux visant à réduire de 50 % les prescriptions injustifiées d’antibiotiques d’ici 2030. Cette démarche contribuera directement à freiner la résistance bactérienne et à renforcer la sécurité sanitaire nationale.
LIRE AUSSI : La consommation d’antibiotiques explose dans les hôpitaux d’Alger
Des antibiotiques inefficaces contre les virus
Les antibiotiques ne devraient être prescrits qu’en présence d’une infection bactérienne confirmée ou fortement suspectée. Leur utilisation dans le traitement des maladies virales s’avère totalement inefficace. Le rhume, la bronchite aiguë chez les personnes en bonne santé ainsi que la plupart des infections de la gorge et des voies respiratoires d’origine virale ne justifient pas un traitement antibiotique.
Prescrire ces médicaments dans de tels cas accélère dangereusement l’émergence de bactéries résistantes. Cette pratique compromet l’efficacité future des traitements disponibles.
Trois principes fondamentaux pour un usage rationnel
L’usage rationnel des antibiotiques repose sur trois piliers essentiels que les professionnels de santé doivent appliquer rigoureusement. Premièrement, aucun traitement ne doit être entrepris sans nécessité médicale clairement établie. Deuxièmement, les examens appropriés doivent être réalisés avant toute prescription d’antibiotiques lorsque cela reste possible. Troisièmement, le traitement doit être réévalué après 48 à 72 heures afin de l’ajuster ou de l’interrompre si son maintien ne s’impose plus. Ces pratiques garantissent une prise en charge optimale tout en limitant les risques de résistance.
LIRE AUSSI : Une hausse inquiétante de la résistance aux antibiotiques en Algérie
Le rôle crucial des analyses de laboratoire
Les analyses de laboratoire ne devraient être prescrites que si leurs résultats sont susceptibles de modifier la décision thérapeutique. Les tests CRP et PCT contribuent effectivement à l’évaluation de l’état du patient. Cependant, ces marqueurs biologiques ne suffisent pas à eux seuls pour justifier la prescription d’antibiotiques.
La professeure Achour précise qu’il ne faut pas instaurer un traitement antibiotique dans l’attente des résultats d’analyses lorsque l’état clinique du patient ne requiert pas d’intervention médicale immédiate. Cette approche évite les prescriptions systématiques souvent inappropriées.
Les services d’urgence particulièrement concernés
Les services d’urgence figurent parmi les lieux où les prescriptions inappropriées d’antibiotiques restent les plus fréquentes. La pression exercée sur le personnel soignant combinée à l’incertitude diagnostique favorise ces pratiques. Promouvoir une culture de réévaluation systématique du traitement après 72 heures devient indispensable dans ces contextes particuliers.
Cette mesure permet de corriger les prescriptions initiales réalisées dans l’urgence et d’adapter le traitement à l’évolution réelle de l’état du patient.
Une responsabilité collective pour protéger la santé publique
L’usage rationnel des antibiotiques engage la responsabilité de l’ensemble des acteurs du système de santé. Médecins, pharmaciens, patients et autorités sanitaires doivent collaborer étroitement pour atteindre les objectifs fixés. La réduction de moitié des prescriptions injustifiées d’ici 2030 représente un défi majeur mais réalisable.
Cet effort collectif protégera durablement la santé des citoyens algériens. Il renforcera également la résilience du système de santé face aux menaces infectieuses émergentes. La mobilisation de tous constitue la clé du succès dans cette lutte essentielle pour la santé publique.
LIRE AUSSI : Compléments alimentaires en Algérie : L’arnaque mortelle des réseaux sociaux
















1 commentaire
Les experts tirent la sonnette d’alarme face à l’automédication aux antibiotiques en Algérie - Medica Magazine
[…] LIRE AUSSI : Pourquoi l’Algérie doit urgemment rationaliser sa consommation d’antibiotiques […]