La dernière enquête nationale menée par l’Institut National de Santé Publique (INSP) dresse un tableau précis et actualisé de la réalité des infections associées aux soins dans les centres hospitaliers universitaires algériens.
Cette étude approfondie analyse également les modèles d’utilisation des antimicrobiens. Les résultats révèlent des taux d’infection particulièrement élevés dans les services de réanimation, atteignant 13,9 %. Les services de chirurgie suivent avec 7,0 %, tandis que les services d’obstétrique et de médecine générale affichent respectivement 5,0 % et 3,5 %.
Cette initiative vise à évaluer le niveau des risques et à mesurer l’adhésion aux bonnes pratiques thérapeutiques. L’objectif final reste l’amélioration de la qualité de la prise en charge des patients. Elle soutient aussi les efforts de prévention des infections et de lutte contre la résistance aux antibiotiques.
Une collaboration scientifique pour une surveillance rigoureuse
Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une coopération scientifique étroite. Des experts en épidémiologie ont collaboré avec les directeurs généraux des 16 centres hospitaliers universitaires du pays. Leur équipe administrative a également participé activement à ce projet.
Des représentants de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) se sont joints à eux. Cette démarche nationale cherche à établir un système intégré de surveillance des infections liées aux soins. Elle suit les recommandations de l’OMS et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.
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Dominance des infections chirurgicales et respiratoires
Les résultats de l’enquête montrent un taux de prévalence global des infections associées aux soins de 6,0 %. Cela représente 312 patients sur les 5 177 cas étudiés. Les chercheurs ont enregistré 328 cas d’infection, soit 1,05 infection par patient infecté. Fait marquant, 95 % des patients infectés recevaient un traitement antimicrobien.
Les infections du site opératoire dominent largement la liste des types d’infections les plus courantes. Elles représentent 29,3 % des cas. Les infections des voies respiratoires inférieures arrivent en seconde position avec 23,2 %.
La répartition varie selon les services. Les infections respiratoires prédominent dans les unités de réanimation, où elles constituent 46,6 % des cas. En revanche, les infections du site opératoire restent majoritaires dans les services de chirurgie et d’obstétrique. Elles y totalisent 70,9 % des infections enregistrées.
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Identification claire des facteurs de risque
L’analyse géographique met en lumière des disparités régionales. Les régions Est et Ouest enregistrent les taux de prévalence les plus élevés, chacun à 7,0 %. Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Tlemcen arrive en tête avec un taux inquiétant de 10,8 %.
L’enquête identifie aussi les principaux facteurs de risque. Un séjour hospitalier dépassant sept jours constitue le premier facteur aggravant. L’immunodépression et la malnutrition augmentent également la vulnérabilité des patients. La plupart des interventions chirurgicales corrèlent avec un risque accru d’infection. Seule la chirurgie oculaire fait exception à cette règle générale.
Une consommation massive d’antibiotiques
L’usage des antimicrobiens suscite une attention particulière. Les données indiquent que 54,6 % des patients recevaient au moins un traitement antibactérien. Au total, 4 498 prescriptions ont été recensées, soit une moyenne de 1,59 médicament par patient.
Les motifs de prescription se répartissent entre le traitement des infections communautaires (52,7 %) et celui des infections associées aux soins (10,3 %). La prophylaxie chirurgicale compte pour 24,4 % des usages. Toutefois, un usage prolongé de cette prophylaxie, dépassant un jour, concerne 76,6 % des cas. Ce chiffre révèle une pratique souvent inutile et potentiellement dangereuse.
L’étude note aussi des niveaux préoccupants de résistance aux antibiotiques. Pourtant, les modèles de prescription montrent une certaine homogénéité entre les différentes régions. Cela reflète une uniformité des pratiques cliniques, malgré des contextes locaux variés.
Vers un système national de surveillance structuré
Face à ces constatations, les experts recommandent un ensemble de mesures stratégiques. Six axes principaux structurent cette approche. Ils incluent la gouvernance, le renforcement des ressources humaines et le développement des infrastructures. L’amélioration des pratiques cliniques et diagnostiques figure aussi parmi les priorités. La rationalisation de l’usage des antibiotiques et le renforcement des systèmes d’information complètent ce dispositif.
Ces résultats soulignent la nécessité d’une transition rapide vers la phase de mise en œuvre. Le ministère de la Santé devra élaborer une stratégie nationale quinquennale. Celle-ci se concentrera sur la prévention des infections et l’usage rationnel des antimicrobiens. Elle devra intégrer des objectifs mesurables, un calendrier précis et des indicateurs de performance clairs. Un mécanisme d’évaluation indépendant garantira son efficacité.
Mobilisation institutionnelle et mise à jour des normes
Chaque établissement de santé, public ou privé, doit créer un Comité de Lutte contre les Infections Nosocomiales (CLIN) efficace. Cette instance bénéficiera de pouvoirs clairs et d’une structure opérationnelle dédiée. Une équipe spécialisée la composera, soutenue par un budget autonome. Le CLIN aura l’autorité nécessaire pour réguler les parcours de soins au sein de l’institution.
Sa mission consistera à élaborer un plan d’action annuel. Il organisera des audits réguliers et produira un rapport annuel destiné aux autorités nationales. Cette procédure assurera un suivi et une évaluation continus.
La mise à jour et l’unification des référentiels nationaux constituent un pilier essentiel. Les normes doivent s’aligner sur les recommandations de l’OMS et des centres de contrôle des maladies. Les domaines prioritaires incluent l’hygiène des mains, la gestion des expositions accidentelles au sang et la prévention des infections urinaires et respiratoires. La stérilisation, la gestion des déchets, la surveillance environnementale et le contrôle des risques chirurgicaux nécessitent aussi une attention particulière.
La généralisation de ces standards et leur application stricte sur le terrain sont indispensables. Elles permettront d’ancrer une culture de la sécurité au sein des établissements de santé. Ainsi, la qualité des soins s’améliorera et les risques d’infections associées aux soins diminueront.
En conclusion, cette enquête fournit une base solide pour bâtir un système national durable de surveillance. Elle permettra d’accroître l’efficacité des interventions préventives. Enfin, elle favorisera un usage prudent des antibiotiques dans tout le secteur hospitalier algérien.
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