Les répercussions du microbiome oral sur les cardiopathies, les pathologies auto-immunes et les maladies endocriniennes ne relèvent plus de la simple spéculation. La littérature scientifique établit désormais ces liens de manière formelle.
C’est précisément autour de ce constat clinique majeur que le Pr Rachid Lattafi a réuni spécialistes et praticiens jeudi dernier. Le chef du service de Pathologie et Chirurgie Buccales au CHU Béni Messous organisait la 3e Journée Scientifique de son service. L’événement portait le thème « La Pathologie et la Chirurgie Buccales entre le passé et le futur ».
Une spécialité médicale en pleine mutation
La médecine dentaire n’est plus une discipline isolée du reste du corps humain. Le Pr Lattafi défend avec conviction l’intégration pleine et entière de sa spécialité dans les protocoles de prise en charge pluridisciplinaire. De nombreuses pathologies comme les cancers, les maladies chroniques, la trisomie, les troubles cardiaques ou l’autisme nécessitent l’intervention du chirurgien-dentiste. Pourtant, cette expertise reste trop souvent absente des concertations médicales traditionnelles.
Le professeur regrette que beaucoup considèrent encore le médecin dentiste comme un simple arracheur de dents. Il souligne fermement que la médecine dentaire a profondément évolué. Cette transformation s’incarne aussi dans les outils modernes tels que l’intelligence artificielle, le laser thérapeutique et les nouveaux biomatériaux. Ces innovations ont bouleversé la pratique clinique quotidienne. Toutefois, le Pr Lattafi rappelle qu’aucune technologie, aussi performante soit-elle, ne remplace le jugement humain du clinicien.
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Le microbiome oral au cœur des enjeux vitaux
La Dr Nada Ottmani, résidente en Pathologie et Chirurgie Orale, apporte un éclairage précis sur ces nouvelles réalités. Elle affirme que la santé buccale reflète directement la santé générale du patient. Les données actuelles confirment que le microbiome oral exerce des répercussions mesurables sur l’ensemble de l’organisme. Ce phénomène touche le système pulmonaire, le système endocrinien et le système cardiovasculaire.
Sur le plan cardiaque, des germes présents dans la cavité buccale peuvent provoquer des complications graves. Lors d’un acte invasif non protégé, ces bactéries se greffent sur un endocarde lésé. Elles déclenchent alors une endocardite infectieuse. Cette complication potentiellement fatale menace certains profils de patients vulnérables. La Dr Ottmani insiste sur les risques liés aux anticoagulants oraux directs (AOD). Cette classe thérapeutique supplante progressivement les anti-vitamines K dans le traitement des cardiopathies.
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Vers une collaboration médicale structurée
Les professionnels de santé doivent gérer le risque hémorragique inhérent à cette nouvelle classe de médicaments. Ils appliquent des modalités strictes de prévention pour assurer la sécurité des patients. Le protocole d’antibioprophylaxie en vigueur impose l’administration d’une dose flash d’antibiotiques. Cette mesure intervient avant tout acte invasif afin de prévenir toute complication infectieuse cardiaque.
Les échanges ont également couvert les pathologies auto-immunes et les maladies systémiques. L’objectif programmatique reste clair. Il s’agit de structurer une collaboration effective entre les différents spécialistes. Les chirurgiens-dentistes travaillent désormais main dans la main avec les cardiologues, les médecins internistes, les rhumatologues et les oncologues. Cette alliance améliore tant le diagnostic que la conduite thérapeutique globale. La bouche n’est plus une entité séparée mais une porte d’entrée essentielle vers la compréhension de la santé globale.
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