L’obsolescence programmée s’invite dans les blocs opératoires. Cette pratique, qui force le remplacement prématuré d’équipements médicaux, alourdit les coûts, génère des déchets massifs et prive des patients de soins essentiels. Enquête sur un défi sanitaire et écologique majeur.
Une pratique inquiétante
Les hôpitaux modernes dépendent de technologies de pointe. Ces équipements sauvent des vies chaque jour. Cependant, une pratique inquiétante se généralise : l’obsolescence programmée.
Les fabricants réduisent délibérément la durée de vie des appareils. Leur objectif ? Forcer des ventes répétées. Cette stratégie issue de l’électronique grand public envahit maintenant les services de soins intensifs.
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Trois formes d’obsolescence identifiées
En pratique, ce phénomène prend trois formes interdépendantes.
Premièrement, l’obsolescence technologique. De nouveaux modèles rendent les anciens appareils obsolètes.
Deuxièmement, l’obsolescence réglementaire. Des changements de normes déclarent non conformes des équipements pourtant fonctionnels.
Enfin, l’obsolescence fonctionnelle. Les pièces détachées et les mises à jour logicielles deviennent indisponibles ou trop chères.
Un coût humain dramatique
L’automne dernier, un cas a illustré le drame humain. L’ancien jockey Michael Straight, paralysé, a perdu l’usage de son exosquelette. Le fabricant a cessé l’entretien des unités de plus de cinq ans.
« À cause d’une batterie à 20 dollars, je ne peux plus marcher », a-t-il témoigné sur Facebook.
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Budgets hospitaliers et environnement sous pression
L’impact financier est colossal. Les contrats de service coûteux, les mises à niveau obligatoires et les frais logiciels annuels grèvent les budgets. Ces fonds manquent alors pour la formation du personnel ou les soins directs aux patients.
L’impact environnemental est tout aussi alarmant. Un rapport de 2025 estime que les établissements de santé mondiaux génèrent plus de 6 600 tonnes de déchets d’équipements médicaux par jour. Chaque respirateur ou scanner jeté prématurément gaspille des ressources rares et pollue.
Des solutions concrètes émergent
Heureusement, des actions sont possibles. Le droit à la réparation gagne du terrain. Des projets de loi, dans certains pays, permettent désormais aux hôpitaux d’entretenir leurs propres équipements.
Lors des achats, les établissements peuvent négocier avec force. Ils doivent exiger un accès aux manuels, aux logiciels de diagnostic et aux pièces détachées à un prix raisonnable.
En parallèle, la maintenance prédictive offre une alternative. En analysant les données des appareils, les hôpitaux anticipent les pannes. Ils prolongent ainsi la durée de vie utile de leur parc matériel.
Vers un modèle plus responsable
L’innovation est nécessaire. Mais elle ne doit pas se faire au détriment de la durabilité, des finances hospitalières et, surtout, des patients.
La priorité est d’établir une nouvelle relation avec les fabricants. Une collaboration basée sur la transparence et la sécurité des patients est essentielle. L’objectif est clair : construire un système de santé plus résilient, économique et respectueux de la planète.