L’Algérie accomplit des avancées significatives dans le domaine médical. Pourtant, le secteur des transplantations d’organes reste à la traîne.
Le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales au CHU Mustapha-Pacha, dresse un constat lucide lors de son passage sur la Chaîne 1 de la Radio nationale. Selon lui, le pays doit encore parcourir un long chemin pour combler son retard.
Le spécialiste souligne immédiatement la faiblesse du ratio de greffes réalisé sur le sol national. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En quarante ans, soit de 1986 à 2026, l’Algérie n’a effectué que 1 600 opérations. Ce nombre demeure très insuffisant face aux besoins réels de la population. Cette lenteur caractérise globalement l’évolution du secteur depuis ses débuts.
Batna : un modèle d’excellence qui dépasse les frontières régionales
Toutefois, une lueur d’espoir émerge récemment. Un saut qualitatif indéniable s’est produit ces dernières années. La ville de Batna illustre parfaitement cette dynamique positive. Un professeur y a accompli un travail colossal avec l’appui de spécialistes dévoués. Cet expert réalise à lui seul 60 % des greffes rénales du pays. Grâce à cette performance exceptionnelle, l’Algérie surpasse désormais tous ses voisins du Maghreb dans ce domaine précis. Ce succès local prouve que l’excellence médicale algérienne existe bel et bien.
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Des lois favorables mais une réalité sociale complexe
Le législateur algérien a pourtant mis en place un cadre juridique solide. La loi de 2018 sur la santé vise explicitement à encourager le don et la transplantation d’organes. Le Parlement a levé tous les obstacles réglementaires possibles.
Cependant, la théorie se heurte souvent à la pratique. Le Pr Belhadj regrette que de nombreux problèmes persistent malgré ce soutien institutionnel fort. La réalité du terrain impose encore de lourdes contraintes aux équipes médicales.
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Une liste d’attente critique et le poids des réticences familiales
La situation devient urgente quand on observe le nombre de patients en souffrance. Pas moins de 32 000 personnes attendent actuellement une greffe rénale en Algérie. Or, le don d’organe se limite encore majoritairement au cercle familial restreint. L’argument religieux ne constitue pas un frein réel, comme le démontre l’exemple de l’Arabie saoudite. Ce pays du Golfe collecte 1 500 kg d’organes par an et lider le monde arabe dans ce secteur.
Le véritable blocage réside donc dans le facteur social. De nombreuses familles refusent le prélèvement d’organes sur leurs proches décédés. Cette réticence culturelle prive des milliers de malades d’une seconde chance de vie.
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Vers une déclaration anticipée pour sauver des vies
Une solution concrète se dessine pour contourner cet obstacle sociétal. Le Pr Belhadj propose que chaque citoyen déclare son accord pour le don d’organes de son vivant. Ce processus garantirait une confidentialité totale et respecterait la volonté du défunt.
Cette approche permettrait de libérer la parole et de dépasser les hésitations familiales au moment du deuil. L’Algérie possède désormais les outils juridiques et médicaux nécessaires. Il reste maintenant à mobiliser la conscience collective pour transformer ces potentialités en sauvetages effectifs.
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