Le secteur pharmaceutique algérien traverse une période critique. Au Salon international de la pharmacie d’Alger (Siphal), le Syndicat National des Pharmaciens d’Officine (Snapo) a lancé un cri d’alarme.
Le vice-président national du syndicat, le Dr Ilimi Mohamed Lamine, a exprimé un refus catégorique face au projet de décret du ministère de la Santé. Ce texte prévoit notamment une augmentation du nombre d’officines sur le territoire. Pour le syndicat, cette mesure menace directement la survie des pharmacies et la qualité des soins apportés aux patients.
Une faillite quotidienne qui sonne l’alerte
La situation des officines devient de plus en plus préoccupante. Selon les données du Snapo, une pharmacie déclare faillite chaque jour en Algérie. Ce chiffre alarmant illustre la détresse financière croissante du secteur.
Certaines officines situées dans les régions les moins peuplées sont particulièrement touchées. Elles restent ouvertes mais fonctionnent déjà en état de faillite technique. Le Dr Ilimi précise que la situation est déjà difficile pour une partie des 13 000 pharmacies actuellement en activité. Cette fragilité économique inquiète les professionnels de santé qui voient leur capacité à servir les patients diminuer.
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Le ratio 1 pharmacie pour 3000 habitants inquiète les professionnels
Le projet de décret exécutif propose de modifier le ratio officiel. Il passerait d’une pharmacie pour 5000 habitants à une pharmacie pour 3000 habitants. Cette mesure concentre l’essentiel des craintes syndicales. Le Snapo estime que le nombre actuel d’officines est largement suffisant.
L’Algérie couvre déjà l’ensemble des communes du pays avec un maillage dense. Par ailleurs, le ratio algérien dépasse celui observé dans d’autres pays africains où l’on compte généralement une pharmacie pour 10 000 habitants.
Le syndicat demande donc officiellement le maintien du ratio actuel. Sans cette garantie, la concurrence accrue plongerait les officines dans une détresse financière durable. Ni les anciennes pharmacies ni les nouvelles structures ne pourraient alors fonctionner correctement.
Une marge bénéficiaire figée depuis près de trente ans
La crise économique des officines trouve une autre explication majeure. La marge bénéficiaire des pharmaciens reste inchangée depuis 1998. Cette stagnation prolongée affaiblit considérablement la rentabilité des établissements.
Les coûts d’exploitation augmentent régulièrement tandis que les revenus des officines restent bloqués. Cette situation crée un déséquilibre structurel qui pousse de nombreuses pharmacies vers la faillite. Le Snapo souligne que cette problématique dépasse largement la simple question du nombre d’officines. Elle touche au cœur même du modèle économique de la pharmacie d’officine en Algérie.
Un délai de concertation jugé insuffisant par les syndicats
Le syndicat reste ouvert au dialogue pour rédiger un nouveau décret adapté aux réalités du terrain. Cependant, il critique vivement le processus actuel de consultation. Le délai d’un mois accordé par le ministère pour soumettre des propositions apparaît clairement insuffisant.
Les problématiques de la profession sont nombreuses et complexes. Elles nécessitent une concertation approfondie avec tous les partenaires sociaux. Le Snapo demande donc une réécriture complète du projet avec une participation renforcée des représentants des pharmaciens. Sans ce dialogue constructif, le décret risque d’aggraver encore la crise du secteur.
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L’avenir des officines en balance
La pharmacie d’officine algérienne se trouve à un tournant décisif. Entre pression concurrentielle accrue et marges bénéficiaires obsolètes, les professionnels luttent pour maintenir un service de qualité. Le Snapo appelle les autorités à reconsidérer urgemment leur projet.
L’enjeu dépasse le seul cadre économique. Il concerne directement l’accès aux médicaments et la continuité des soins pour des millions de patients. Sans intervention rapide, le maillage pharmaceutique national pourrait se dégrader durablement au détriment de la santé publique.
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